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posté le 13 octobre 2026

Dans : Tribune de l'Ufcv


De la grossesse à ses  deux ans, les « 1 000 premiers jours » de l’enfant constituent une période particulièrement importante pour son développement et sa santé. Cette période, aujourd’hui au cœur des politiques publiques, invite à porter une attention particulière à ce qui entoure le tout-petit : son environnement, ses relations, ses expériences et la qualité des liens qui se construisent avec les adultes qui l’accompagnent.
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Pour l’UFCV, cette période se joue à la croisée de plusieurs enjeux : offrir à chaque enfant un environnement sécurisant et stimulant, favoriser la socialisation, accompagner les parents et lutter contre les inégalités dès le plus jeune âge. Une approche qui repose sur une conviction : la Petite enfance ne se résume pas à un mode de garde. Elle constitue un véritable temps éducatif et social.
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À travers les regards croisés de Pierre Moisset, sociologue spécialiste de la petite enfance, d’Emeline Adans, responsable nationale de l’Animation territoriale à l’UFCV, et de Stéphane Jaffret, responsable régional de l’Animation territoriale à l’UFCV en Occitanie, cet article propose de regarder autrement ces premières années et celles et ceux qui les accompagnent au quotidien.
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Les 1 000 premiers jours : une période décisive

Les 1 000 premiers jours correspondent à une période cruciale dans le développement de l’enfant. Durant ces premières années, le cerveau et le corps se développent rapidement et les expériences vécues dans son environnement participent à sa construction.

Cette approche a contribué à faire évoluer le regard porté sur la Petite enfance. Il ne s’agit plus seulement de penser la garde des enfants pour permettre aux parents de travailler, mais de s’interroger sur ce que l’on fait vivre aux tout-petits pendant ces premières années.

Pour le sociologue Pierre Moisset, cette évolution est significative. Historiquement, la Petite enfance était davantage pensée à travers la famille et notamment l’accompagnement des mères. Aujourd’hui, l’enfant lui-même occupe davantage le centre de la réflexion, avec une compréhension plus précise de ses besoins.

« Aujourd’hui, je pourrais avoir l’impression que l’on considère beaucoup plus les jeunes enfants en eux-mêmes. On a une compréhension plus précise et plus exigeante de leur développement et de ce qui doit leur être proposé. »

Pour Stéphane Jaffret, responsable régional de l’Animation territoriale à l’UFCV en Occitanie, l’accueil des jeunes enfants peut jouer un rôle particulièrement important, notamment pour ceux qui grandissent dans des environnements où les possibilités de socialisation sont plus limitées (isolement géographique, précarité sociale, familles monoparentales isolées ou enfants uniques sans entourage proche).

L’enjeu dépasse ainsi la seule question du mode de garde : les structures d’accueil peuvent constituer un véritable levier d’égalité des chances dès les premières années de vie. Mais un paradoxe persiste : les enfants qui ont le moins d’occasions de socialiser et qui pourraient donc en tirer le plus de bénéfices sont aussi souvent ceux qui ont le moins accès à l’accueil collectif. Ce décalage peut contribuer à creuser les écarts de développement dès le plus jeune âge.

À travers ses structures, l’UFCV accueille notamment des enfants dans des quartiers où les familles peuvent rencontrer davantage de difficultés sociales ou économiques.

« C’est d’autant plus déterminant pour l’entrée à l’école », souligne Stéphane Jaffret. L’accueil collectif permet notamment aux enfants de découvrir progressivement la vie en groupe, d’expérimenter des règles communes, de développer leur langage, de s’éveiller dans la compréhension de son environnement par l’expérimentation, la lecture, le jeu, la motricité, … et de multiplier les interactions. »

La Petite enfance n’est donc plus uniquement envisagée sous l’angle de la garde ou du soutien aux familles : le jeune enfant est considéré comme une personne à part entière, dont les besoins et le développement doivent guider les pratiques.

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Bien plus qu’un mode de garde : des lieux d’éveil, de socialisation et d’apprentissage

Une crèche, une halte-garderie ou un relais petite enfance ne sont pas uniquement des espaces où l’enfant est accueilli pendant que ses parents travaillent. Parce qu’il y passe du temps, l’enfant y vit des expériences, rencontre d’autres enfants et d’autres adultes et découvre d’autres manières d’interagir avec son environnement.

Pour Pierre Moisset, les structures d’accueil jouent ainsi un rôle spécifique dans le développement de l’enfant :

« Les structures d’accueil ont un rôle spécifique dans le développement des jeunes enfants parce qu’elles leur permettent de circuler au-delà de leur famille, auprès d’autres enfants, d’autres adultes…Cette “circulation” des jeunes enfants les amène à être précocement soumis à d’autres influences que celles de leur famille. Ce qui diversifie leur socialisation et, on peut l’espérer, la rend plus robuste. »

Cette ouverture, c’est aussi l’un des grands principes qui structurent l’action de l’UFCV dans les territoires où elle intervient. Pour Emeline Adans, responsable nationale de l’Animation territoriale à l’UFCV, il s’agit notamment de permettre à chaque enfant de trouver sa place dans le collectif sans renoncer à sa singularité.

« Permettre à chaque enfant de se développer, de grandir, de s’épanouir en tant qu’individu, mais au milieu d’un collectif. »

La sécurité affective constitue également un préalable essentiel. L’enfant a besoin de repères, d’un environnement stable et d’adultes auprès desquels il peut construire une relation de confiance.

D’ailleurs il n’existe pas une méthode pédagogique unique appliquée partout. Les équipes construisent leurs projets en fonction des besoins observés chez les enfants et des réalités du territoire.

« Il y a des projets pédagogiques qui sont travaillés par les équipes », explique Stéphane Jaffret. « Et ce sont des choses qui évoluent au fil des mois, parce que les enfants grandissent, parce que les attentes et besoins des parents évoluent. »

Motricité, autonomie, liberté, besoin de cadre… Les professionnels adaptent leurs pratiques en fonction des groupes et des situations.

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Accompagner les enfants, c’est aussi réduire les inégalités et soutenir les parents

Tous les enfants ne grandissent pas dans les mêmes conditions et toutes les familles ne disposent pas des mêmes ressources. Dans ce contexte, les structures d’accueil peuvent également jouer un rôle important pour favoriser l’égalité des chances.

Stéphane Jaffret observe particulièrement cet enjeu dans les territoires confrontés à des difficultés sociales. Dans certains quartiers, l’accueil collectif peut permettre à l’enfant de se familiariser avec le langage, les règles de la vie en groupe, la relation aux autres et progressivement avec les codes et apprentissages qui lui seront utiles lors de son entrée à l’école.

Mais l’enjeu concerne aussi les parents. Parce qu’accueillir un jeune enfant, c’est aussi accueillir ses parents.

D’un côté, un mode d’accueil accessible et adapté peut leur permettre de travailler, de se former ou de construire leur parcours professionnel.

Certaines structures UFCV s’inscrivent d’ailleurs dans cette logique d’insertion professionnelle. Les crèches à vocation d’insertion professionnelle (AVIP) peuvent notamment accompagner des parents engagés dans un parcours vers l’emploi.

De l’autre, le développement du jeune enfant ne se joue évidemment pas uniquement dans les structures d’accueil. Les parents restent au cœur de son quotidien et de son éducation.

Pour Emeline Adans, il faut « reconnaître la place du parent comme premier éducateur de l’enfant. »

Cette reconnaissance passe d’abord par une relation de confiance et un dialogue quotidien. Les échanges au moment de l’arrivée ou du départ permettent de parler de la journée de l’enfant, de partager des observations, de répondre aux questions ou parfois simplement d’écouter les inquiétudes.

« Ce n’est pas seulement déposer son enfant en crèche », insiste Stéphane Jaffret. « C’est aussi avoir des temps de parentalité, des temps d’échange quotidien. »

Il ne s’agit pas de dire aux familles comment faire, mais de partager des observations et des repères pour mieux comprendre l’enfant.

Cette relation peut aussi prendre des formes plus collectives : temps d’échanges, conférences, actions autour de la parentalité, des cafés des parents ou encore des sorties pédagogiques. En extérieur, les familles peuvent aussi investir des  lieux d’accueil enfants-parents (LAEP), des espaces gratuits et anonymes où les parents viennent avec leur enfant, et qui permettent d’échanger avec d’autres familles, de créer du lien social et de parler librement de leurs expériences et de leurs interrogations autour de la parentalité.

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Une histoire de terrain : « On s’est battus pour que cet enfant reste avec nous »

Parfois, accompagner une famille signifie aussi être là lorsque la situation devient plus difficile.

Stéphane Jaffret raconte ainsi l’histoire d’une mère isolée, suivie par la PMI, qui envisageait de ne plus emmener son enfant à la crèche, notamment parce que se déplacer les matins, interagir et communiquer avec d’autres étaient devenus compliqués à gérer pour elle.

L’équipe aurait pu considérer que cette absence relevait simplement de la décision de la famille. Elle a choisi de chercher une autre voie.

« On s’est battus pour que cet enfant reste avec nous. Parce que c’était un moment de la journée où il était heureux, en mouvement. Il vivait des choses. Il progressait à vitesse grand V. »

L’enjeu dépassait alors largement la seule question de l’accueil en crèche. Pour l’enfant, la structure représentait un espace dans lequel il progressait et s’épanouissait. Pour sa mère, elle constituait aussi un point d’appui dans une période plus difficile.

L’équipe a maintenu le lien avec la mère, l’a accompagnée et a cherché à préserver la place de l’enfant au sein de la structure. Après quelques mois difficiles en dents de scie, la maman a pu reprendre pied et la situation s’est stabilisée. L’enfant a continué son chemin dans la crèche et a ensuite rejoint l’école.

Ce témoignage illustre une conviction forte : l’accueil de la Petite enfance peut aussi être un point d’appui pour les familles les plus fragiles. Un lieu où l’enfant grandit, mais aussi un espace où les parents peuvent trouver des repères, du lien social et des professionnels à qui parler.

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Des professionnels au cœur de la relation

Derrière chaque structure, chaque projet pédagogique et chaque dispositif, il y a des professionnels. Et leur rôle est déterminant.

Pour Pierre Moisset, les métiers de la Petite enfance restent pourtant insuffisamment reconnus.

« Les métiers du care sont très exigeants et demandent une grande réflexivité. »

Ces métiers ont longtemps été associés à des qualités considérées comme « naturelles », notamment féminines : patience, attention, affection… Une représentation qui masque la complexité des compétences mobilisées au quotidien.

Observer un enfant, comprendre ses besoins, accompagner ses émotions, favoriser son autonomie, aménager un environnement adapté, dialoguer avec les parents et travailler en équipe nécessitent au contraire de véritables compétences professionnelles.

L’éducation d’un enfant, donc, ne repose pas exclusivement sur la mère, mais sur une complémentarité de savoir-faire et de métiers : éducateurs de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture, psychomotriciens, psychologues… Ces professionnels permettent de soulager le noyau familial et de faire évoluer la responsabilité de l’éducation, longtemps pensée comme principalement maternelle, vers une responsabilité plus collective.

Pierre Moisset défend ainsi une évolution profonde du regard porté sur ces métiers :

« Il faut les qualifier, les reconnaître. (…) Et surtout, considérer pleinement ces métiers comme des métiers de l’éducatif. »

L’observation occupe notamment une place centrale dans cette professionnalisation. Observer précisément un enfant, partager ses observations avec ses collègues et avec ses parents permet de partir de ce que l’enfant vit réellement plutôt que de se fier uniquement aux représentations des adultes.

« L’observation de l’enfant, le partage des observations entre professionnels et parents donne une solide base de travail. »

Cette approche permet également de construire une relation plus équilibrée avec les familles : professionnels et parents ne sont plus dans une confrontation de légitimités, mais réunis autour d’un même sujet : l’enfant et son développement.
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De la crèche à l’école : accompagner les transitions

Les premières années constituent également une succession de transitions : premières séparations, arrivée en collectivité, nouvelles acquisitions, puis entrée à l’école.

Le passage de la crèche à l’école constitue une étape importante. L’enfant quitte un environnement pensé pour les tout-petits pour rejoindre un cadre plus vaste, avec de nouveaux adultes, de nouveaux espaces et de nouvelles règles.

Pour Emeline Adans, cette transition doit être préparée et accompagnée, en tenant compte de chaque enfant.

« On travaille la transition car l'enfant passe d'un environnement très protégé, adaptés aux tout-petits, à un environnement qui peut être plus impressionnant chez certains enfants. »

L’objectif n’est pas de faire disparaître toutes les appréhensions, mais de permettre à l’enfant de vivre cette nouvelle étape avec suffisamment de repères et de sécurité pour pouvoir investir progressivement son nouvel environnement.

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Accompagner chaque famille, l’ambition de l’UFCV

Les réalités des familles sont multiples. Les besoins d’un enfant et de ses parents peuvent varier selon leur situation sociale, leur environnement, leur parcours professionnel ou encore leur rapport à l’accueil collectif.

Pour l’UFCV, l’enjeu est donc de proposer des solutions accessibles et inclusives, au plus près des territoires. Cette volonté se traduit notamment par l’implantation de structures dans des quartiers où l’accès aux modes d’accueil peut constituer un enjeu social important.

Mais Stéphane Jaffret identifie aussi un autre défi : faire évoluer certaines représentations de l’accueil collectif.

Dans certains territoires, des familles peuvent encore considérer qu’une « bonne mère » est nécessairement celle qui garde son enfant auprès d’elle. Une représentation qui peut contribuer à éloigner certains enfants des structures collectives avant leur entrée à l’école.

Mais, au contraire, l’accueil en crèche ne signifie pas éloigner les parents de leurs enfants. Il peut aussi leur permettre de s’accorder des temps de respiration réguliers, des moments pour eux, essentiels pour préserver leur équilibre au quotidien. Ces temps de séparation peuvent alors favoriser des retrouvailles plus sereines, plus disponibles et plus riches, et contribuer ainsi à renforcer la qualité de la relation entre parents et enfants.

« C’est de permettre à tous les enfants, quelles que soient leurs origines, d’avoir la possibilité d’être accueillis. Parce qu’en leur donnant cette chance, on contribue à construire leur avenir et on fait avancer la société. Et je pense que cela permet aussi de faire évoluer les représentations autour de ce que signifie être une “bonne mère” »

Pour Emeline Adans, cette ambition passe également par un principe essentiel : l’accueil inconditionnel.

« Notre enjeu, c’est de faire des dispositifs les plus inclusifs possible pour prendre l’enfant tel qu’il est, au moment où il est, et respecter son besoin à lui. »

Accompagner chaque enfant, c’est donc aussi reconnaître chaque famille dans sa singularité, sans opposer les besoins de l’enfant à ceux de ses parents.

Car les 1 000 premiers jours ne sont pas seulement une période déterminante pour l’enfant. Ils constituent également un moment où se construisent les premiers repères, les relations et les équilibres familiaux.

Faire de la Petite enfance une priorité, c’est finalement investir dans le présent autant que dans l’avenir : en donnant à chaque enfant les meilleures conditions pour grandir, et à chaque famille les moyens d’avancer.

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